j’enseigne la philosophie au séminaire interdiocésain, auprès des étudiants de L1, L2 et L3. J’accompagne également les travaux d’écriture de mémoire des étudiants de troisième année et je participe à la formation des prêtres.
Enseigner ici n'est pas sans défis, à commencer par la langue : mes cours sont dispensés en français, n’ayant pas la possibilité de traduire, comme mes collègues, une partie de mon enseignement en malgache. Cette contrainte, réelle, m'a conduit à chercher d'autres leviers pédagogiques pour rejoindre les séminaristes là où ils sont. J'essaie ainsi de leur faire découvrir de nouvelles façons d'apprendre et de penser ensemble : la pédagogie active, les séminaires de discussion, le travail en groupe. Ces méthodes créent de la vie dans la classe, suscitent l'échange, et permettent à chacun de s'approprier les contenus à sa manière.
Cette mission me tient aussi profondément à coeur, car elle s'inscrit dans une relation vivante entre la France et Madagascar, particulièrement au sein de l'Église. Les liens sont anciens et solides : de nombreux prêtres français sont présents à Madagascar, notamment avec les Missions Étrangères de Paris, tandis que des prêtres malgaches viennent régulièrement étudier et exercer une mission pastorale en France. Ce va-et-vient est un beau témoignage de l'universalité de l'Église, qui transcende les frontières et les cultures.
Mais cette universalité ne saurait être le seul apanage du clergé. Elle doit se vivre dans tout le corps de l'Église, chez les laïcs aussi. C'est pourquoi je suis heureux et fier de participer, à ma mesure, à la formation de ces frères qui se préparent au sacerdoce. Je m'enrichis chaque jour de la culture malgache, de sa profondeur, de sa chaleur, de sa façon singulière d'habiter le monde — et j'espère leur apporter quelque chose de ma propre culture en retour.
ELODIE
De mon côté, je suis engagée au sein de l’association Diocèse Vert, en lien étroit avec le Père Aina. Là aussi, la mission est à la fois très concrète et profondément spirituelle. Créée en 2020, l’association cherche à répondre à l’appel du pape François dans Laudato Si’ : vivre une conversion écologique intégrale, où « tout est lié ».
Au quotidien, j’accompagne des projets très variés : sensibilisation à l’écologie dans les écoles, développement de pratiques agricoles durables, accompagnement de personnes vulnérables, ou encore ouverture récente du Centre de Formation Agricole Lucien Botovasoa à Ambilobe. Je travaille aussi sur des dimensions plus structurelles : suivi des financements, recherche de partenaires, transition vers un statut d’ONG, mise en place d’outils de gestion, développement de la communication.
Mais au-delà des missions, ce sont surtout les expériences de terrain qui me marquent.
Je pense notamment à ma première mission à Ambilobe, pour le lancement diocésain de la campagne de reboisement. Pendant trois jours, avec le Père Aina et des étudiants bénévoles, nous avons préparé le terrain : creuser les trous à la main ou à la machine, transporter près de 3000 plants depuis la pépinière jusqu’au site de Sengaloka. Le tout sous une pluie battante, parfois même sous l’orage. Et pourtant, l’ambiance était joyeuse, fraternelle, presque légère malgré l’effort.
Nous étions logés au presbytère, ce qui m’a permis de rencontrer les prêtres et l’équipe locale de Diocèse Vert. Le samedi matin, sous un ciel cette fois dégagé, près de 200 personnes étaient réunies pour planter. Il y avait là quelque chose de profondément beau : une simplicité, une habitude presque, de poser ce geste ensemble. Là où, chez moi, planter un arbre peut être exceptionnel, ici cela fait partie de la vie.
Cette expérience m’a profondément marquée. Elle dit quelque chose de la mission : une action concrète, enracinée dans un territoire, portée par une communauté.
HENRI ET ELODIE
Nos missions se rejoignent aussi de manière inattendue. Élodie intervient ponctuellement au séminaire pour sensibiliser les étudiants aux enjeux écologiques, créant des ponts entre philosophie, foi et soin de la création. Ces liens donnent du sens : ils montrent que les grandes questions intellectuelles rejoignent des enjeux très concrets.


